Le projet Theia
Le projet Theia a pour but de créer une plateforme de relevé en ligne de gravures préhistoriques. Dans une volonté de partager les méthodes de l’archéologue et ce patrimoine fragile avec le grand public, la réalisation du relevé est proposée de manière participative. La communauté scientifique pourra procéder au relevé de manière collaborative.
Principes généraux
La charte graphique ici soumise repose sur plusieurs grands principes de représentation :
– Un trait de relevé correspond à un tracé individualisable sur le support rocheux. Dans le cas de tracés multiples (par exemple : trois tracés digitaux réalisés d’un seul geste par l’application simultanée de trois doigts de la main sur le support) chaque trait devra être relevé indépendamment de son voisin.
– La couleur et l’épaisseur des contours des figurés est fixée par la charte.
– La couleur de tracé est fixée par la charte, hormis pour les figurés de la catégorie « techniques additionnelles », pour lesquels la couleur pourra être sélectionnée par le releveur.
– Plus un tracé gravé est profond, plus l’épaisseur de ce trait sera importante, en suivant les lèvres de ce tracé.
– Les aplats de couleur sont réservés à l’identification de surfaces.
Définitions
Comprendre et partager les éléments relevés
La première catégorie de la charte est celle des Tracés anthropiques. La reconnaissance d’un élément en tant « qu’ancien » ou « récent » dépendant du contexte de relevé (ainsi, un tracé médiéval sera considéré comme récent dans un contexte d’intérêt paléolithique mais ancien lors de l’étude d’un bâtiment lui-même médiéval), cette distinction n’est pas présente au sein de la charte mais pourra être mise en place, selon le contexte, grâce à l’organisation des calques.
La seconde catégorie proposée est celle des TrAcs, c’est-à-dire l’ensemble des traces archéologiques d’activité humaine et animale (Ledoux et al., 2017).
Enfin, la troisième catégorie présentée est celle des états de paroi.
Au sein de ces premières catégories, plusieurs sous-hiérarchies sont établies.
TRACES ANTHROPIQUES
Les éléments anthropiques sont organisés selon leur technique de réalisation : techniques additives (peinture), techniques soustractives (qui regroupent les procédés de l’incision, de la sculpture, et du piquetage : Rivero Vilál, 2017) ainsi que les tracés réalisés à l’aide d’instruments métalliques et les graffiti. Les techniques présentées ici sont principalement définies d’après la terminologie établie par Olivia Rivero Vilál (Rivero Vilál, 2017) et par Valérie Féruglio (Féruglio, 1993)
Techniques soustractives :
- Gravure à la section ou à l’outil indeterminé.e : Trait réalisé en un seul passage, à section indéterminée (Feruglio, 1993).
- Gravure à section en U : (= « section courbe » (Lefebvre, 1970) ; « fond arrondi » Delluc et al. 1981).
- Gravure réalisée à l’aide d’outils émoussés ou confectionnés dans un matériau plus tendre que le silex (Feruglio, 1993). Elle se caractérise par la présence d’écailles et ailettes, un faible détachement de matière et de la matière écrasée sur la paroi (Brochard et al., 2023 ; Brochard, 2022). Il peut également d’agir d’un frottement de la roche avec un galet (Lefebvre, 1970).
- Gravure à section en V : (= « section angulaire » : Delluc et al. 1981; Delluc et al., 1986a+b ; Lefebvre, 1970). Passage d’un dièdre de silex aménagé ou non, section plus ou moins symétrique selon la morphologie du dièdre et l’inclinaison de la main, profil modifié sous ces mêmes conditions mais également suivant la pression exercée sur l’outil ou l’émoussage qui se créera au cours de l’exécution. (Feruglio, 1993 ; Brochard et al., 2023 ; Brochard 2022).
- Gravure multipointe : = tracé strié (Feruglio, 1993) ; code-barre (Fritz, 1997) ; section en W (Delluc et al., 1981 + 1986). Microstriures linéaires, parallèles entre elles et aux bords du tracé, causées par les micro fossiles et les lépisphères de quartz de la surface du burin, observables à une échelle comprise entre 50 et 10 microns. Chaque combinaison est spécifique d’un état du bord actif à un moment donné (Fritz, 1997).
- Gravure en champ-levé : Technique consistant à enlever en creusant tout ce qui entoure le trait d’un dessin sur bois, cuivre ou zinc. Ici, pour la roche. Pas de précision sur la proportion du volume dégagé : correspond à un relief semi-méplat ou à un demi-relief (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales (CNRTL)).
- Gravure dont le sens de tracé est déterminable : Sens de l’outil déterminé d’après les rebonds du tracé sur la surface de la pierre (Muzquiz Perez-Seoane, 1998).
- Gravure par raclage : Raclage employé pour la réalisation d’un trait ou pour une préparation de surface. L’outil ôte une couche de matière. (d’après Féruglio, 1993).
- Gravure au doigt : Tracé réalisé par enlèvement de matière à l’aide du doigt sur un support mou (Feruglio, 1993 ; Rivero Vilál, 2017).
- Piquetage (zone piquetée + cupule de piquetage) : Enlèvement de matière par percussion répétée directe ou indirecte, laissant des impacts cupulaires. (Rivero Vilál, 2017 et Barrière, 1993).
- Sculpture : Création de volume par un ensemble de technique. La profondeur est plus marquée que dans le cas du relief. Dans le cas d’un support mou, cette technique est appelée « modelé ». Synonyme : ronde-bosse (Rivero Vilál, 2017 ; Pinçon, Bourdier, Fuentes, 2008).
Techniques additives :
- Peinture au doigt : Réalisation d’un motif par l’utilisation du doigt imprégné de matière colorante préalablement diluée. Caractérisé par un trait à l’extrémité initiale de morphologie ronde, des bords réguliers, largeur régulière (correspond à l’épaisseur du doigt). Variante : ponctuation au doigt. (Rivero Vilál, 2017).
- Point-paume : Variante du tracé digital. Ponctuation obtenue par application de la paume de la main imprégnée de matière colorante préalablement diluée sur la paroi.
- Point-doigt : Variante du tracé digital. Ponctuation obtenue par application du doigt enduit imprégné de matière colorante préalablement diluée sur la paroi. (Rivero Vilál, 2017).
- Dessin à l’outil : Au fusain / au crayon : utilisation d’un morceau de matière colorante, caractérisé par des bords irréguliers et une distribution de matière inégale ; au pinceau : utilisation d’un instrument, caractérisé par un trait étroit, avec plusieurs points de contact entre la matière colorante et la paroi, visible aux deux extrémités du tracé (variante : tampon). (Rivero Vilál, 2017).
- Peinture : estompe, soufflé ou aplat. (Rivero Vilál, 2017).
- Impact métallique : Gravure provoquée par l’impact d’outils métalliques sur la paroi, volontaire ou non.
- Frottements métalliques : Gravures provoquées par le frottement d’outils métalliques contre la paroi, volontaires ou non.
- Graffiti : gravure ou peinture anthropique volontaire, à but symbolique ou non.
TRACS
Les TrAcs sont inspirées de l’article de Ledoux et al., paru en 2017. Sont d’abord répertoriées les traces archéologiques humaines puis les traces d’origine animales. Les TrAcs sont définies selon leur nature, leur aspect et / ou leur origine.
- Impacts thermiques (surface rubéfiée ou surface grisée) : Altération chromatique de la paroi due à l’exposition au feu (Aranburu Artano, Iriarte Aviles, 2017 ; Glossaire de l’International Council On Monuments and Sites – International Scientific Committee on Stone (ICOMOS-ISCS, 2011).
- Trace noire : trace noire non identifiée.
- Trace charbonneuse : dépôt charbonneux.
- Trace de manganèse : dépôt de manganèse.
- Projection de sédiment : dépôt par projection de sédiment (toutes natures de sédiment).
- Objet fiché dans la paroi : objet inséré dans la paroi, de toutes natures (origine anthropique.
- Os fiché dans la paroi : os inséré dans la paroi (origine anthropique).
- Silex fiché dans la paroi : silex inséré dans la paroi (origine anthropique).
- Impact : Marque d’impact, d’origine animale, géologique ou anthropique.
- Poli : poli d’origine animale ou anthropique.
- Appui sur paroi : empreinte d’appui sur paroi, d’origine animale ou anthropique.
- Griffade : griffade d’animal (micro-, méso- ou grande faune).
ETATS DE PAROI
Les états de paroi cartographient les éléments du relief naturel de
la paroi (Fuentes, 2017 ; Stoleru, 2019 ; Tymula, 2021 ; Lorblanchet 1973 ; Legay, 2020 ;
Pinçon et al., 2008 ; Bourdier 2008 et 2011), les processus géo-morphologiques de
concrétionnement, de corrosion, d’érosion et d’altération (Fuentes, 2017 ; Delannoy dir.
et Geneste dir., 2022). Les hiérarchisations et définitions des processus naturels cités
ci-dessus sont basées sur l’Atlas Chauvet (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022), le
Glossaire de l’International Council On Monuments and Sites – International Scientific
Committee on Stone (ICOMOS-ISCS, 2011), Aranburu Artano et Iriarte Aviles, 2017 ;
Pinçon et al., 2008 et le thésaurus du Bureau de Recherches Géologiques et Minières
(BRGM).
- Fissure : Fissure ou fracture de la roche, avec ou sans déplacement, inhérentes à la roche ou qui peuvent être causées et/ou aggravées par des vibrations (naturelles ou anthropiques), par le gel ou par dissolution suite à l’infiltration d’eau (Aranburu Artano et Iriarte Aviles, 2017 ; ICOMOS-ISCS, 2011).
- Fissure colmatée : fissure comblée par un matériau non identifié, par un dépôt d’argile ou par un dépôt calcitique (dont la génération n’est pas précisée).
- Relief inférieur et supérieur : Limites de relief naturel de la paroi (Pinçon et al., 2008).
- Limite de banc : ligne géomorphologique de limite de banc sédimentaire.
- Ecaille : Décollement partiel ou total de grains individuels, d’agglomérats de grains, d’écailles ou de paquets d’écailles de la roche ou d’un spéléothème, d’une épaisseur négligeable en rapport à son extension (inframillimétrique à centimétrique) (Aranburu Artano, Iriarte Aviles, 2017 ; ICOMOS-ISCS, 2011).
- Cupule de corrosion : Alvéole de dimension centimétrique produite par l’action chimique de l’eau sur les parois et le plafond de la grotte (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Coupole de corrosion : Comme les cupules de corrosion, les coupoles sont un signe d’écoulement souterrain en régime noyé. Leur plus grande ampleur est liée à un travail plus efficace de la dissolution (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Marmite d’érosion : Creusement de formes circulaires par des écoulements souterrains transportant une charge sédimentaire grossière (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Zone de corrosion : zone de dissolution ou désagrégation de la roche par le jeu de différents processus chimiques (CNRTL).
- Altération : dépôt d’altération, de toutes natures.
- Empreinte de racine : empreinte de racine dans la paroi (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Racine
- Poudre : présence d’un film d’argile de décalcification ou d’anciens dépôts argileux ; d’un mince dépôt de sable ; d’un mince dépôt de poudre calcaire ou d’un mince dépôt du à l’altération d’édifices stalagmitique (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Voile de calcite : Premières étapes du recouvrement stalagmitique, le voile de calcite est engendré par les eaux chargées en calcaire dissous qui ruissellent à la surface du sol (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Encroûtement stalagmitique : Etat plus avancé de la formation du voile calcitique. Il se caractérise par la juxtaposition continue de cristaux de calcite et par une épaisseur qui peut aller jusqu’au centimètre. Il résulte de la croissance des cristaux, favorisée par les écoulements incrustants (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Plancher stalagmitique : Forme la plus aboutie d’encroûtement calcitique. Ils sont associés à des écoulements incrustants conséquents qui, au fil du temps, ont favorisé la croissance des cristaux (pluricentimétriques) et la superposition de niveaux indurés (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Mondmilch : Concrétion pulvérulente ou plastique de couleur blanchâtre (Association des Amis du Musée A. Lemozi, 1988).
- Vermiculations : Très petite forme de dépôt meuble, de longueur millimétrique à décimétrique, ressemblant le plus souvent à des traces de vers sur de la roche lisse et propre à l’intérieur d’une cavité souterraine (Association des Amis du Musée A. Lemozi, 1988).
- Revêtement argileux : Fine couche d’argile (dépôt détritique meuble dont les grains sont <4 μm) (thésaurus lithologique du BRGM).
- Revêtement organique : Dépôt d’origine organique (lichen, guano, champignons, bactéries, cyano-bactéries, algues, etc…) (Aranburu Artano et Iriarte Aviles, 2017 ; ICOMOS-ISCS, 2011).
- Fente de dessication : Fente développée dans les sédiments argilo-limoneux soumis à une alternance de phases humides et sèches, due à la rétractation des argiles en phase sèche (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
- Stillation : Impact d’une goutte d’eau, dont la profondeur et le diamètre sont directement liés à la hauteur de la chute (Delannoy dir. et Geneste dir., 2022).
Les niveaux et la charte graphique
Un relevé adapté au releveur
Trois niveaux de compétences et de précision sont proposés pour le relevé par la plateforme Theia. Le premier niveau propose une simplification de la charte graphique minimale, à destination du très grand public (scolaires, très grands débutants, etc…). Il repose sur la reconnaissance d’éléments visuellement évidents (écailles, cupules…), en mettant de côté les éléments visuellement ambigus (calcite, revêtements…). Le deuxième niveau est destiné à un public ayant déjà acquis un vocabulaire spécialisé et capable de reconnaître et de comprendre les éléments de parois (étudiants, amateurs éclairés…). Ce niveau propose donc une ouverture vers l’aspect technologique des gravures (sections, indicateurs de gestes), sur de nouveaux éléments de TrAcs et d’états de paroi ainsi que sur la chronologie géologique (distinction des différentes générations de de calcite). Enfin, le troisième niveau est réservé aux équipes de recherches. En effet, ce niveau nécessite l’apport de données scientifiques (observation in-situ, observation à l’échelle macro- et microscopique, analyses physico-chimiques et résultats d’expérimentation) pour distinguer certains éléments (nature des pigments, nature des revêtements, présence de mondmilch…).